Cérémonies de commémoration de la capitulation de l'Allemagne nazie
- il y a 6 jours
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#EnCirco Ce matin, 8 mai 2026, séquence forte, populaire et pleine de dignité pour célébrer la capitulation de l’Allemagne nazie. J’ai participé à deux cérémonies fort réussies* : d’abord, à Saint-Fargeau-Ponthierry, co-organisée avec les communes de Pringy, Boissise-le-Roi et Saint-Sauveur-sur-École. Merci à Madame la maire Séverine Félix-Boron de m’avoir permis de prononcer un discours (reproduit à la suite), ainsi qu’à Véronique Chagnat, Laurence Dufiet et Éric Chomaudon, pour leur invitation républicaine. Autre cérémonie tout aussi forte à Melun, ville préfecture de la Seine-et-Marne, juste après, où j’ai eu plaisir à retrouver, outre les autorités politiques et publiques, notamment le maire Kadir Mebarek et le président de la CAMVS Franck Vernin, des citoyen·nes très impliqué·es dans ce moment de recueillement collectif. Mention spéciale aux élèves et les enseignant·es des écoles élémentaires Rose Valland et Pasteur, ainsi qu’aux élèves du collège des Capucins, pour leur contribution au devoir de mémoire des héros de la Résistance. La lecture de la lettre de Guy Môquet est toujours une épreuve de vérité et de courage admirable. Merci encore, bien sûr, aux représentant·es des associations mémorielles, aux valeureux porte-drapeaux, aux bénévoles ainsi qu’aux enfants venus nombreux et qui ont toutes et tous affronté un soleil très offensif en cette splendide matinée de printemps (quelques malaises hélas…).
Faire communauté de sens dans l’appréciation et l’estime de celles et ceux qui ont dû faire face aux affres et à la violence déchaînée d’une guerre totale qui n’avait que trop duré : c’est de l’ordre de l’évidence. À l’année prochaine, forcément.
* Hélas, je ne peux pas me démultiplier et suis contraint d’arbitrer entre les invitations, toutes les célébrations dans les 23 communes de la circonscription ayant lieu à peu près à la même heure… C’est un véritable crève-cœur !
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Le 8 mai 1945 marque la victoire des forces alliées sur l'Allemagne nazie. Mais ce jour ne célèbre pas seulement la fin d’une guerre mondiale terriblement destructrice. Il célèbre la défaite d’une idéologie : celle de la haine, de l’exclusion, de la domination des peuples sur d’autres. Ce que nous commémorons aujourd’hui, ce n’est pas uniquement une victoire militaire qui a engendré, hélas, 60 millions de morts civils et militaires, et traumatisé l’humanité pour des décennies. C’est une victoire politique, une victoire morale, une victoire de l’humanité contre la barbarie.
Une victoire que beaucoup pensaient définitive, mais il n’en est rien hélas – d’où notre présence ce matin.
Il nous faut reconnaître en effet qu’aujourd’hui encore, certaines idées nauséabondes, que l’on pensait disqualifiées pour toujours, réapparaissent. Elles ne se présentent plus toujours sous les mêmes formes. Elles ne disent plus exactement les mêmes mots. Mais elles portent, au fond, les mêmes logiques mortifères : désigner des boucs émissaires, opposer, exclure, hiérarchiser les êtres humains, au service d’une idéologie raciste. C’est source de sidération d’y faire face. En même temps que, il faut bien le dire, la banalisation infuse tellement dans les esprits que l’on en viendrait presque à oublier l’abjection de ces pathologies.
Le fascisme, le nazisme, toutes les idéologies du même calibre, ne sont pas nés du hasard. Le fascisme s’est nourri des peurs, des inégalités, des renoncements. Il s’est installé là où l’on a cessé de défendre l’égalité, là où l’on a accepté que certains valent moins que d’autres. Et c’est peut-être là la leçon la plus importante de cette journée.
Le 8 mai nous oblige à regarder le présent et l’avenir avec lucidité.
Se souvenir, commémorer, ce n’est pas seulement se tourner vers le passé. C’est refuser que ces idées trouvent à nouveau leur place. C’est affirmer que la République ne peut vivre sans égalité réelle. Que la liberté n’a de sens que si elle est partagée. Et que la fraternité n’est pas un mot, mais la condition de commune humanité par laquelle sont transcendées les petites différences que réifient les diviseurs de la société humaine.
Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui ont résisté, qui ont combattu, à qui la lutte contre les barbares a coûté la vie. Il tient à nous, toutes générations confondues, d’aller au-delà de la gratitude éternelle envers elles et eux, pour consacrer toute notre énergie à conjurer la prophétie de malheur qui fatalise le surgissement à venir de guerres meurtrières. D’assumer de nous engager, corps et âme, pour la paix et l’harmonie entre les peuples.
Et pour conclure, je soulignerai que l’histoire nous enseigne que le pire ne commence pas toujours par des cris. Il commence souvent par des silences, par des renoncements, une habituation complice au pire : dans cette « banalité du mal » dont parlait Hannah Arendt, ce moment où l’on s’habitue, peu à peu, à l’inacceptable, on compose avec, entre résignation et acceptation désabusée de l’existant.
C’est pourquoi le 8 mai n’est pas seulement un souvenir. Il nous rappelle que la démocratie n’est jamais acquise. Que la paix n’est jamais garantie. L’Histoire ne se répète pas toute seule. Elle recommence quand on baisse les yeux.
Qu’il me soit permis, enfin, de rappeler que le 8 mai 1945, alors que la France célèbre la capitulation de l’Allemagne nazie, elle perpètre en Algérie des massacres à Sétif, à Guelma et à Kherrata. 10 000 à 30 000 Algériens massacrés, et 102 « Européens » tués. Il n’est pas trop tard pour reconnaître cette effroyable tragédie.























