Déplacement à Istanbul en soutien à Pinar Selek
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
#EnDéplacement #Débriefing Les 1er-3 avril derniers, je me suis rendu à Istanbul. L’objectif principal était de soutenir la sociologue Pinar Silek, au sein d’une délégation internationale composée de membres du comité de soutien, de porte-parole d’associations professionnelles de sciences humaines et sociales, de responsables universitaires, de défenseur·ses des libertés publiques et de militant·es de causes progressistes – LGBT, féministe, écologiste, etc. C’était la sixième audience d’un procès politique ubuesque, mené contre une intellectuelle critique qui fait face à un acharnement politico-judiciaire qui a commencé en 1998 – après qu’elle a été faussement accusée d’avoir commis un attentat. Comme à chaque audience, quand il ne s’agit pas des quatre où elle a été acquittée après avoir enduré la torture et la prison, nous avons assisté à un simulacre de procès qui aura duré moins de dix minutes. La prochaine date – le 18 septembre – était fixée à l’avance. J’y serai assurément, car ce cas, si emblématique de la répression des universitaires et de la criminalisation des voix pro-kurdes et progressistes, mérite notre engagement. J’y ai été heureux de voir la présence de nombreux·ses universitaires (dont les collègues sociologues !) et politiques français·es, et j’ai pris la parole – au nom du groupe LFI/NFP – lors d’une conférence préparatoire la veille dans les locaux de l’association Lambda qui milite courageusement pour les droits LGBT, dans une société toujours plus oppressive et conservatrice.

Lors de ce déplacement, j’ai échangé avec des acteurices engagé·es sur tous les fronts des luttes. Entre autres rencontres, j’ai rencontré la députée Sera Kadigil du Parti des Travailleurs de Turquie (TIP). Nous avons évoqué les attaques contre l’état de droit et la criminalisation de l’opposition en Turquie. Le cas turc doit nous mettre en alerte contre les dérives qui surgissent quand un régime autoritaire accède au pouvoir. Sera est une camarade exceptionnelle qui force le respect par sa force de caractère, son exigence idéologique, mais aussi sa très grande popularité auprès des forces vives de la société stambouliote. J’ai aussi eu l’opportunité d’échanger avec Arife Çınar et Vedat Çınar Altan, co-président·es de l’importante section du DEM parti – progressiste, écologiste, pro-kurde – à Istanbul. Les échanges avec elleux et d’autres camarades qui se sont joint·es à la discussion ont traité du processus de paix engagé avec le PKK, hélas au point mort, sur la question kurde, les libertés publiques et les perspectives politique à l’approche d’une élection présidentielle à haut risque, vraisemblablement en 2027. J’ai en outre échangé avec Uraz Aydin, membre du TIP et engagé dans le mouvement des universitaires pour la paix, à propos de la situation désastreuse des universitaires et des intellectuels en Turquie, et ce qu’il en coûte de porter une voix de gauche radicale et anticapitaliste dans le pays. J’ai découvert également le travail des coordinateurs du comité d’action Palestine, en lien avec BDS Turquie.

Dernière rencontre à l’Institut Français d’Études Anatoliennes (https://ifea-istanbul.net/), au cœur de Taksim, avec les directrices des pôles Études contemporaines et Archéologie, Gabrielle Angey et Maria Gorea. Nous avons évoqué les libertés académiques malmenées (euphémisme) en Turquie, les obstacles à l’autonomie scientifique, mais aussi la contraction du budget de la recherche en France qui contraint fortement les travaux de l’IFEA – financé par le Quai d’Orsay et le CNRS – et dégrade les conditions de travail… D’autant plus regrettable que les recherches menées sur la société turque sont primordiales et précieuses.

48 heures, c’est court, donc frustrant, mais je serai de retour bientôt pour continuer à construire des liens avec les forces progressistes qui, avec courage et détermination, luttent pour faire émerger une société turque plus juste et démocratique. Alors que des milliers de prisonnier·es politiques sont emprisonné·es, que le procès, retentissant et kafkaïen, d’Ekrem Imamoğlu – maire d’Istanbul, candidat du CHP à la présidentielle, en capacité de l’emporter face à Recep Tayyip Erdoğan – est en cours, que la société est mise sous cloche par une dictature de plus en plus aculée et raide, il n’a jamais été aussi important de montrer notre solidarité au peuple turc et aux minorités oppressées dans le pays (ce que j’avais souligné en février dernier lors d’un débat à l’Assemblée : https://www.youtube.com/watch?v=PMSErqCqUDI). C’était néanmoins rafraichissant de voir, en gestation, cette même société dans les quartiers populaires, jeunes et vivants d’Istanbul !











