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France des tours et France des bourgs : Quand Le Point adopte la théorie ruffiniste pour nourrir les obsessions de l'extrême droite.

  • il y a 5 jours
  • 5 min de lecture

Ce dimanche, Bartholomé Simon et Erwan Seznec, illustres journalistes du service société dans le journal non moins illustre Le Point, nous ont gratifiés d'un énième article évoquant La France insoumise et sa base électorale. Dans un journal en difficultés qui a besoin d’écouler des titres et trouve sa poule aux oeufs d’or dans la détestation de LFI. 

Ce n'est pas un coup d'essai pour Bartholomé Simon qui a visiblement beaucoup de mal à maîtriser sa fascination malsaine vis-à-vis la France insoumise, puisque plus d’un de ses chefs d’œuvre sur trois nous fait le cadeau d’une analyse aussi fine que pertinente du monde de fonctionnement de la France insoumise. Cette fois-ci, c’est à l’électorat de Seine-et-Marne qu’il choisit de s’attaquer, puisque quitte à faire dans le mainstream et à générer du clic, autant en profiter pour cibler une énième fois notre collègue Ersilia Soudais et sa circonscription, déjà régulièrement attaquée par les médias. 

Les écrivains en herbe qui s’érigent en sociologues de papier le temps d’une panique morale en profitent pour reprendre à leur compte la fameuse formule de Frnçois Ruffin : la Seine-et-Marne serait l’illustration de la France des tours contre la France des bourgs. 

Selon leur grille de lecture, la 7e circonscription de Seine-et-Marne, et notamment la ville de Villeparisis s’apparenterait donc à une "France des bourgs" qui basculerait dangereusement vers une "France des tours", et ceux, à cause… d’une gare. Une gare qui permet à des personnes venues d’autres départements de s’installer en Seine-et-Marne. Vous voyez le schéma. 

Cet article raconte donc une histoire rocambolesque, à la limite du dystopique, remplie de contradictions et de non-dits, avec, dans le rôle du personnage principal est Aymeric Durox, le sénateur Rassemblement national de Seine-et-Marne, un anti-héros épinglé par une enquête journalistique du site “les jours” pour des publications sur les réseaux sociaux aux sous-entendus racistes et homophobes. Il est à noter que parmi les 17 parlementaires de Seine-et-Marne, Le Point a choisi de demander son avis au seul sénateur RN du département, les autres parlementaires n’étant visiblement pas suffisamment accoutumés à l’exercice sociologique ô combien complexe qui permet de justifier le vote populaire dans une circonscription rurale. 

Ce sénateur déplore donc l’installation de la gare RER dans une ville des bourgs, permettant, misère, de faire venir de nouvelles populations. Selon ses mots :  la ville se serait "93ièmisée", avec toujours plus d'habitants venus de Seine-Saint-Denis. Si le sous-entendu raciste n’était pas assez clair, le reste de l’article est équivoque. Entre les remarques sur l’immigration, sur les modes de vie, sur la mosquée tout juste installée, et sur le vote LFI, qui augmenterai en même temps que le nombre de personnes présumées non blanches venant s’installer dans la France de bourgs, la gare aurait "radicalisé" la commune, la poussant à « basculer » LFI.

Faut-il rappeler à nos sociologues de comptoir, et à un sénateur membre d'un parti condamné à deux reprises pour détournement de fonds publics, que les services publics, par leurs principes sont universels et donc qu’ils bénéficient à l’ensemble d’une commune ? 

La corrélation entre l’arrivée d’un service public dans une commune et l’augmentation du pourcentage du nombre d’électeurs LFI dans cette même commune ne s’explique pas par “théories du grand remplacement”, comme l’extrême droite voudrait le faire croire. La France insoumise n’a plus à prouver qu’elle défend l’implantation de services publics partout dans les communes, et si une population bénéficie de nouveaux services, cette population sera plus encline à voter pour le mouvement qui les a défendus en première instance. 


L'article va  encore plus loin et évoque une "guerre des permis de construire" : la construction de gare RER en Ile-de-France mènerai à la construction de logement sociaux (ce n’est pas toujours le cas, puisque la disparition des gares paupérise la population, et donc augmente le besoin en logement sociaux. Si les maires respectaient la loi, de nombreux logements sociaux apparaitraient partout sur le territoire). 

Lorsque des logements sociaux ou des gares sont construits, des villes historiquement acquises à la droite basculent à gauche. Sans autre explication sociologique que l'arrivée de nouvelles populations, les élus de droite et d'extrême droite le déplorent, et se lancent dans une bataille contre les permis de construire, pour continuer d'enclaver leur commune, privilégier le mode de vie individuel en lotissement, et rester au pouvoir.

Chers Seine-et-Marnais : si vous manquez de gare, d'école, de services publics ou de logements sociaux dans une commune tenue par la droite, sachez que cela relève souvent d'une stratégie assumée pour rester au pouvoir.

C'est la bonne vieille théorie du grand remplacement qui s'impose dans la formule ruffiniste : la gare ferait venir de nouvelles populations non blanches "remplaçant" la France des bourgs.

La vieille formule inspirée d’une rance théorie contredit pourtant la réalité. La "France des bourgs" et la France des quartiers populaires se rejoignent dans la bataille contre les élus de droite, qui se servent leurs théories du grand remplacement pour priver les populations des services publics. Lorsque ceux-ci apparaissent, l’engagement politique évolue, et c’est normal. La nouvelle France, c’est celle qui conscientise le besoin de services publics pour recréer du commun. 

Autre exemple de la caricature qui ne sait plus où elle va : quand Jean-Luc Mélenchon évoquait, il y a bientôt dix ans quand même, visiblement les éditorialistes ont bien du mal à se mettre à jour, une consommation excessive de viande et de futures pénuries, en prenant l’exemple du quinoa, la droite et l'extrême droite s'en étaient indignées. Nos journalistes remettent aujourd’hui l’affaire du quinoa sur la table, s’en moquant allègrement, prétextant avoir du mal à expliquer au restaurateur du coin ce qu’est le quinoa, “si cher à Jean-Luc Mélenchon”. Dans un département agricole comme la Seine-et-Marne, où les petits agriculteurs auraient pourtant intérêt à une consommation de viande relocalisée et raisonnée, et à une alimentation moins transformée, la remarque est d'autant plus mal placée.

Pris dans leurs caricatures, les auteurs de l’article sont tant éloignés du réel qu’ils s’étonnent qu’un parti qui défend le quinoa et les quartiers populaires puisse également défendre et faire campagne pour la construction d’un commissariat dans la circonscription, comme s'il existait des services publics "légitimes" et d'autres qui ne le seraient pas. La France insoumise est pourtant l'un des premiers mouvements à demander davantage de police de proximité, un investissement dans la formation des policiers, et plus de moyens pour une police au plus près de la population. Mais encore une fois, la lecture d’un programme est plus superflue que sa critique pour les éditorialistes qui donnent la parole à un élu auteur de post racistes et homophobes. 

Le maire centriste de Claye-Souilly livre, lui, sa recette pour rester maire dans une ville majoritairement RN aux élections nationales : alors que son prédécesseur avait lancé la construction de centaines de logements sociaux, le Maire a tout mis en pause. Comprenez, il ne faut pas donner l’opportunité aux plus pauvres de s’installer, ils risqueraient de voter LFI. Il implique les révoltes urbaines de 2023 dans son raisonnement, expliquant qu’il préfère donc paupériser sa population en la privant de logement social, plutôt que de prendre le risque d’en créer de nouveaux, et de générer, on ne sait comment, des révoltes urbaines. Il suffirait pour ça de ne pas assassiner un jeune homme dans sa voiture, mais avec le projet de loi « permis de tuer » voté récemment à l’Assemblée, ceci semble en effet mal engagé.   

Finalement, partout, des élus de droite comme de gauche d'accompagnement maltraitent les services publics, les démantèlent, ou ne respectent pas leurs propres obligations légales en la matière. A l’opposé, la France insoumise construit une nouvelle France : celle des services publics, celle qui permet aux gens de se loger, se déplacer et de se nourrir dignement. C’est peut-être ce qui terrifie tant les journalistes du Point, qui préfèrent s’enfermer dans des guerres au permis de construire à la baron noir imagée, pendant que de notre côté, nous œuvrons à la dignité.



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